Marie Surprenant en paroles et en oeuvres

Marc-Aurèle et Le plus beau jour de mavie

Marc-Aurèle et Le plus beau jour de ma vie

 

Avril 2007 — André (Surprenant) est tombé sur deux notes de l'empereur Marc-Aurèle qui lui ont rappelé et le fond et la forme des huiles du Plus beau jour de ma vie. La traduction publiée dans Garnier-Flammarion ne permet pas de faire ressentir cette grande parenté du propos et de l'imaginaire. Pour m'aider à comprendre comment une écriture impromptue datant des années 170-175 de notre ère fournit sans crier gare une clé applicable à mes propres œuvres de l'an dernier, il m'en a refait, du grec, la traduction que voici.




 

Marc-Aurèle : À soi-même II-17

 

La vie humaine : son étendue dans le temps est une éclaboussure, sa substance un écoulement, ses perceptions sans éclairage (sans lampe à charbons, à métal incandescent), sa constitution organique toujours prête à se putréfier, sa psyché un tournoiement, son parcours mal balisé, son bilan indécidable. Bref, tout ce qui est physique est un fleuve, tout ce qui est psychique est rêve et brouillard, la vie est guerre et exil, et sa rumeur dernière une amnésie.
Qu'est-ce qui a le pouvoir de la guider ? Seulement et uniquement la passion pour la sagesse.
Ce pouvoir tient au fait de garder le génie intérieur sans outrance et sans crime, en maîtrise des plaisirs et des peines : en ne faisant rien par paraître, rien de mensonger en paroles ni en actes, libre de ce que font ou ne font pas les autres, acceptant en outre ses tribulations et son lot comme originant d'où l'on provient soi-même et, culminant le tout, en faisant d'une âme réjouie l'expérience de la mort, car ce n'est rien d'autre que la libération des éléments dont chaque être est constitué.
Si pour les éléments eux-mêmes, il n'y a pas à craindre de se transformer chacun continuellement dans un autre, en vertu de quelle raison verrait-on comme un mal leur changement et leur libération à tous ?
Cela se fait selon la nature : il n'y a rien de malin, selon la nature.

 

Marc-Aurèle : À soi-même III-2

 

Il faut aussi examiner attentivement le fait suivant : que même les vicissitudes qui s'ajoutent à ce qu'a engendré la nature ont quelque chose de parfaitement grâcieux et attirant.
Ainsi, dans le cas du pain que l'on fait cuire, il se produit des craquelures par endroit ; les crevasses formées de la sorte - et qui, d'une manière, sont hors des normes de la boulangerie - sont pourtant acceptables, d'un point de vue, et singulièrement stimulantes pour l'appétit.
Les figues en revanche, c'est quand elles sont parfaites qu'elles éclatent. Dans le cas des olives tombées de l'arbre, même l'aspect qu'elles prennent au bord de la putréfaction ajoute une espèce de beauté au fruit.
Et puis il y a les épis de blé qui se courbent vers le bas, la peau du front chez le lion, la bave qui coule du groin des sangliers, et tant d'autres choses qui, loin d'être idéales si on les considère comme telles, accroissent néanmoins de concert la beauté et mobilisent l'âme par leur imbrication à ce qui s'engendre par nature.
De sorte que, si quelqu'un acquiert un sentiment, une conscience intérieure profonde à l'égard de ce qui a lieu au sein de la totalité, plus rien ou presque ne lui paraîtra ne pas s'ajuster aussi avec bonheur, en quelque sorte, à ce qui s'accorde en termes d'imbrication.
Celui-ci ne verra pas avec moins de plaisir les gueules réelles des bêtes sauvages que celles que montrent en reproduction des peintures et des sculptures ; avec les yeux de la sagesse, il pourra voir avec le même enchantement les signes de l'accomplissement et de l'âge chez une vieille et un vieux, et chez un jeune, la beauté désirable.

 

 

Tout cela ne se trouvera pas convaincre tout le monde, mais seulement celui qui, en conscience, est devenu un intime de la nature et de ses opérations.

 




 PBJ 10 (détail)

 

Traductions du grec © André Surprenant, 2007 Images et textes originaux © Marie Surprenant, 2007

 

 

 

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